J’ai 46 ans et je ne vis pas ma vie, en tous cas, pas totalement, pas celle que j’avais imaginée. Je devais voyager, traverser les Amériques en van, parcourir des paysages à pied, publier des livres et faire des photos. À la place je gagne ma vie, j’entretiens une maison et j’élève deux enfants.
J’ai perdu de vue ma mission de vie. Je me sens enlisé·e dans le quotidien, j’ai peur du temps qui est passé en un clin d’œil.

Je voyage depuis que j’ai appris à marcher, avec une famille répartie sur deux continents et des parents dont la curiosité a façonné la mienne. Je sais depuis mes 16 ans qu’une étape cruciale de ma vie sera simple et de nomade. J’ai accepté de postposer ce rêve au profit de mes relations, pensant naïvement que mes sacrifices et mon soutien seraient reconnus et réciproqués et qu’un jour je partagerais mon rêve avec l’une de ces relations.
La réalité de l’hétéro-normativité dominante m’a coupé l’herbe sous le pied, poussé du haut de la falaise et s’est plaint que je ne me relève pas assez vite. Je me suis plaint de ne pas me relever assez vite.
J’ai dû prioriser, gérer, objectiver, soigner, soutenir. J’ai dû réclamer le droit, l’espace de me soutenir moi-même.
6 ans plus tard, je réalise à quel point je ne vis que par petites bribes. Comme si je devais revoir mes rêves au rabais, parce que la réalité, le capitalisme, la sécurité, la famille seraient autant d’obstacles insurmontables.
Cela m’a permis de revisiter ma mission de vie*1. Et la perspective de continuer à vivre ma vie actuelle – certes confortable, parfois joyeuse, modérément compliquée, intéressante et remplie -, me rend terriblement triste. Attendre les maigres jours de vacances annuels ne me permet pas de réaliser les voyages que je veux faire, ceux qui nécessitent du temps.
C’est devenu comme une évidence, je dois me fixer un objectif à atteindre: je veux prendre une année sabbatique à 50 ans et voyager. Mon rêve est de traverser les Amériques en van avec mes enfants, pendant un an, non seulement pour les pays que nous verrons, mais aussi pour le regard à travers lequel j’espère les découvrir, et pour les histoires, les réflexions et les petites révélations qui ponctueront notre voyage.
Under Open Skies est mon espace de rêve, d’organisation, de questionnement. Je ne veux pas juste cocher des cases (même si mon cerveau aime BEAUCOUP les listes, ET barrer les éléments de la liste) de que je devrais faire au cours de mon parcours. Mon genre de voyage ne se fait pas à la hâte, il s’agit de prendre le temps de rencontrer des gens sans les juger, d’embrasser un monde souvent trop rapide, trop dur et trop façonné par des systèmes d’oppression : le capitalisme, le colonialisme, le racisme. Mon voyage sert de réflexion, de résistance, de bouffée d’air frais au milieu de tout cela.
Je ne peux que me promettre de faire mon possile pour atteindre mon objectif, de tenter de ne pas trop me perdre en chemin. Peut-être serez vous témoin de mon échec. Peut-être serez vous témoin du bonheur de ma réussite.
Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.
Antonio Machado
- Saturne gouverne mon ascendant et se trouve en maison 9, celle du voyage, de l’éducation, de l’édition, de la philosophie. Certain·es diraient que c’était écrit dans les toiles, puisque sa position indique les domaines qui guident ma mission de vie. Pure coïncidence? ↩︎


Laisser un commentaire